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A la veille des championnats de France de Bloc 2018, (où nos volumes seront présent...affaires à suivre donc !) le "Maître Bleausard" et récent vainqueur du classement National de Bloc Vétéran 2017, Monsieur Olivier Lebreton, membre du Team Blozone, nous consacre une interview!

Il nous parle de son expérience et de sa vision de l'escalade en compétition... Inspirant...!

Présente-toi rapidement :

J'ai 41 ans. J'ai fais partie de l'équipe de France de bloc pour la saison 2009. J'ai fais 9eme sur l'étape de coupe du monde à Kazo au Japon.

Depuis l'année dernière je fais des compétitions dans la catégorie vétéran. J'ai fini premier au classement national bloc vétéran 2017.

Crédit Photo Stéphan Denys

Quand as-tu commencé la compétition et pourquoi ?

 Je ne me rappelle plus exactement quand j'ai commencé mais j'ai eu plusieurs phases : une phase de 20 à 24 ans où j'ai fais quelques Top Rock Challenge (ancêtre des coupes du Monde) ainsi que 2,3 championnats de France. Une deuxième entre 32 et 34 ans où j'ai fais plusieurs coupe du Monde et une troisième en ce moment. J'ai toujours eu une relation mitigée à la compétition car elle représente quelque chose qui est à l'opposé de ce pourquoi j'ai commencé l'escalade. Ce qui m'attirait (et m'attire encore maintenant) était l'idée qu'il n'y avait pas de norme : pas de lieu défini, pas d'horaires, peu de gens, une part de risque et de liberté où tout est à inventer. Le contraire de tout ce que tu peux retrouver en compétition !

Étant de nature assez solitaire, tu peux bien t'imaginer que se retrouver dans un espace clos et grimper à un horaire défini au milieu d'une foule n'est pas quelque chose de très naturel pour moi.Mais il y a aussi un côté assez excitant dans ce concept, à savoir la réunion dans un même lieu des meilleurs grimpeurs. Tu vois parfois des trucs hallucinants et ça peu vite devenir assez motivant dans ta pratique personnelle, surtout quand tu es capable d'y  faire toi aussi des choses intéressantes.  Et puis il faut reconnaître aussi que nous vivons dans un monde ultra standardisé où la compétition est partout : à l'école, pour passer un concours, avoir plus d'argent, plus de vue sur les réseaux sociaux etc...notre société est basé là-dessus et c'est vraiment dur d'y échapper. Donc j'en fais un peu, par conformisme sûrement, par nécessité par moment, mais surtout quand j'en ressens l'envie.

On te connaît surtout pour tes pref’ et ouvertures en Forêt, comment es-tu passé de Bleau à la compétition ?

Je ne suis jamais passé de Bleau à la compétition mais je suis allé en compétition en passant par Bleau. C'est sans doute pour ça que je n'ai jamais réussi à m'investir pleinement dans le projet compétitif de haut niveau. Quand tu as Bleau à porté de main, je trouve que c'est déjà compliqué d'aller grimper ailleurs, alors imagine un jour où ça colle et que tu dois partir en compétition pour grimper, certes une coupe du monde, mais dans un gymnase. C'est chaud. C'est comme si tu disais à un mec qui habite Hawaï un jour de grosse houle : « et mec, vient faire une compétition en Bretagne sur du 1m ». Même si ça peut paraître cool pour certains, le mec te regarde, te tourne le dos et s'en va surfer. C'est un peu caricatural mais c'est un peu le sentiment que j'ai toujours ressenti.

Après, il y a eu des moments où j'ai vraiment apprécié en faire car il y a un côté assez stimulant à se retrouver devant un public et à grimper des blocs qui sont, la plupart du temps, plutôt sympas à grimper. Je pense que si j'avais habité n'importe quel autre endroit en France je me serais beaucoup plus investi. Mais avec des scies je préfère couper du bois.

Foret et compétitions sont-elles compatibles à ton avis ?

J'ai un peu répondu dans la question précédente mais j'ai envie de nuancer la réponse. Personnellement je n'ai pas vraiment réussi à le rendre compatible, mais je pense que c'est totalement possible de le faire en fonction de la pratique que tu as en forêt. Si tu ne fais que répéter des blocs et que tu ne fréquentes la forêt que pour grimper cela est possible car cela ne change pas fondamentalement. Par contre, si tu vas bartasser sous la pluie à la recherche de nouveaux endroits, ça commence à être plus compliqué car tu as un autre rapport à l'escalade.

Le côté sportif s'amenuise au profit d'autres aspects et la notion de performance purement sportive entre moins en jeu. Ce côté contemplatif  est clairement peu compatible avec le côté auto-centré de la performance compétitive de haut niveau.

Bibop assis 8b -Crédit Photo Stéphan Denys

Comment aborde-tu une compétition ?

Par l'entrée du gymnase!

Je pourrai donner une autre réponse mais c'est celle qui me correspond le mieux. Je ne fais que les compétitions nationales Vétéran, ce n'est pas l'objectif prioritaire de ma vie mais j'essaie bien évidement d'arriver le jour J dans un état de forme idéale. Il y a plusieurs manière d'aborder une compétition mais je sais que pour réussir il faut une détermination sans faille. Cette détermination tu ne peux que l'acquérir dans ce que tu as fais avant et dans la capacité à te persuader que c'était la meilleure chose qu'il fallait faire. Quand ton objectif est de faire des coupes du Monde et de bien y figurer, il faut vraiment que ta vie soit simple et centrée uniquement là dessus.

Comment t’entraînes-tu ?

Cela fait 25 ans que j'essaie d'être un grimpeur meilleur que le jour d'avant. Il y a dans ce processus une vraie démarche mentale et psychologique qui serait trop longue à développer ici. Pour faire court, je considère l'entraînement comme quelque chose de global qui peut aller de ce que tu vas voir comme film ou écouter comme musique jusqu'au temps que tu es capable de tenir sur telle ou telle réglette. L'énergie que tu emmagasines grâce à ce qui t'entoure est extrêmement importante à mes yeux.

Ma motivation première étant d'ouvrir des nouveaux passages difficiles, l’énergie que me procure le grès neuf ainsi que la démarche qui permet de rendre possible quelque chose qui me semblait impossible est une expérience qui dépasse de beaucoup la notion d'entraînement comme on peut la réduire classiquement à une somme d'efforts physiques.

Oliv' lors de la Coupe de France de Bloc à Valence, qu'il remporte !!!

Tu peux nous parler de ton rôle d’entraîneur et de tes jeunes pousses !?

Dans le cadre d'un groupe compétition/perfectionnement, j'encadre un  groupe d'une dizaine de jeunes au sein du club de Suresnes Escalade. Cela représente deux séances de 2h, ce qui est assez peu, mais suffisant pour développer les bases. Mon but est de former des grimpeurs autonomes qui soient capables d'aller en haut d'une voie de falaise en toute sécurité, de grimper à Bleau, et bien sûr de les faire progresser de manière générale pour qu'ils soient à l'aise en compétition. Sur ce sujet, je pense que mon rôle est de bien saisir les motivations de chacun pour mettre en place un environnement à la fois cool et cohérent.  Proposer une séance de conti à un jeune qui est sur-motivé pour faire de la poutre n'a aucun sens. Et inversement s'il est à fond sur un projet en diff, aucun intérêt de lui proposer de la tenue de prise. Pas la peine de se prendre la tête sur ça, mais plutôt de rebondir et de l'amener quand même vers ce vers quoi je voulais l'emmener mais de manière biaisée.

Et pour finir, je pense que quelqu'un qui n'est pas motivé ne sera pas motivé et ne réussira pas et ce peu importe la personne qui lui donne des conseils.

Oriente-tu tes jeunes vers la compétition et si oui pourquoi ?

Si je sens qu'il y a une envie, oui. Pourquoi ? Parce que la compétition est un bon moyen pour des jeunes urbains d'avoir quelque chose en plus par rapport à la pratique loisir de club. Cela leur permet de s'investir plus dans l'activité et de rencontrer d'autres grimpeurs.

Oriente-tu tes jeunes compétiteurs vers la pratique en forêt, et si oui pourquoi ?

Oui, on organise des sorties et des stages de temps en temps. Si le club était plus proche de la forêt je pense qu'on y serait beaucoup plus souvent. Mon idée depuis bien longtemps est de montrer toutes les facettes de l'escalade aux jeunes que l'on encadre : falaise, bleau, salle de bloc, salle de voie etc...


L'escalade a récemment été « acceptée » aux jeux olympiques, quelle est ton opinion à ce propos ?

Clairement, je regarderai les épreuves car cela m'intéresse. Je suis malgré tout déçu du format car pour faire le parallèle avec le ski freestyle, c'est comme si on additionnait les épreuves de halfpipe, de slopestyle et de ski cross pour avoir un champion olympique de ski freestyle, ce qui serait pour le moins étrange et un peu fastidieux pour les spectateurs. Et mon côté puriste ne peut s'empêcher de faire le rapprochement entre l'escalade et  un petit producteur de légumes qui ferait tout pour être distribué par une grosse chaîne de supermarché. Au début il se dit c'est cool je vais me faire plein de fric, mais au bout de dix ans qu'est-ce qu'il en reste du petit producteur?

Espérons juste que ce format olympique ne phagocyte pas l'escalade de compétition et que cette dernière ne soit pas dépendante des JO pour continuer d'exister, ce qui est le cas malheureusement dans beaucoup de sport dit « mineurs »...

 

Comment imagine-tu le futur de l’escalade en France, notamment la pratique du bloc ?

Je ne peux répondre à cette question que d'un point de vue environnemental. En ce qui concerne Bleau, on peut constater des gros changements pour celui ou celle qui fréquente la forêt depuis plus de vingt ans (et forcement des changements encore plus gros pour celui qui grimpait en 1970 et avant) : érosion comme au Rempart ou à l’Éléphant, rochers blancs et lustrés comme à Isatis ou la roche aux sabots, surpeuplement général à certaines périodes et parfois toute l'année en fonction des spots etc.... A ces problèmes, pour autant qu'on veuille les considérer comme tels, on peut avoir plusieurs réponses allant de l'interdiction de l'escalade gratuite à un usage plus responsable de la forêt.  De ce fait je vois un problème majeur à l'heure actuelle : la magnésie. Ce problème est complexe car on sait qu'il va aboutir sur un temps long -100 ou 200ans- à rendre caduque notre activité.

Il est illusoire et maintenant trop tard pour stopper l'usage de la magnésie. Nous pouvons néanmoins agir et ce de manière assez simple : il suffit d'en mettre moins. Pour en mettre moins il suffit d'en avoir moins à disposition. Et pour en avoir moins, il suffit d'avoir un petit sac à magnésie classique et d'y mettre une boule de magnésie ainsi qu'un peu de poudre. Je réalise des blocs jusqu'au 8b+ ainsi, il est possible de faire du 8c pieds nus, je pense donc que l'être humain est capable d'utiliser son cerveau, de réfléchir deux minutes et d’éviter d'avoir des comportements en forêt qu'il n'imaginerait même pas faire dans son salon....Car qui balance chez lui au milieu de ses invités un gros sac à magnésie ouvert et se met à en vaporiser un peu partout en tapotant dans ses mains ? J'invite ceux qui souhaitent agir à garder leur gros sac à cake au garage pour revenir à des plus petits contenants : détendez-vous, ça va bien se passer !

Et aussi, mais là je pense que c'est beaucoup plus compliqué à faire entendre car vu l'état de certains blocs, j'ai l'impression que tout le monde s'en moque : n’hésitez pas à nettoyer avant de partir et même à asperger d'eau les prises qui ne sont pas mouillées par la pluie.

Tu ouvres aussi sur quelques compétitions et opens ; pour beaucoup il semble que les problèmes proposés en compétitions tendent vers le parkour. Adam Ondra les a appelés " des tours de cirque ". Confirme-tu cette tendance ?

Le problème d'Adam Ondra est qu'il est clairement le meilleur grimpeur du monde. Il grimpe la majeure partie de son temps sur du rocher où, quoi qu'on en dise, la résolution des problèmes est essentiellement physique et maîtrisable et il se retrouve en compétition de bloc où on lui demande de faire des adhérences de pieds sur des volumes sans les mains. Résultat, le mec est soulé! En difficulté le mode compétitif se rapproche un peu plus de ce que l'on peut retrouver en falaise. Mais en bloc, du fait du format choisi, il faut obligatoirement faire des blocs un peu bizarre pour arriver à établir un classement.

Le top serait un format un peu plus freestyle, avec une dizaine de bloc de qualifs à essais limités et des finales après travail. Comme ça tu aurais une compétition qui se
rapprocherait vraiment de la pratique de référence, car le à-vue en bloc n'existe pas vraiment. Il y a le flash mais dans ce concept tu as tout et n'importe quoi : celui qui prépare son flash depuis 2 ans en ayant vu 30 vidéos et en s'étant suspendu aux prises, celui qui voit en direct une réussite, celui qui ne fait pas le début car c'est pas là que c'est dur etc... Mais pour revenir à la question initiale, il y a peut-être eu quelques abus et/ou blocs un peu shuntable (style le bloc 1 des championnats du monde de bercy), mais dans l'ensemble je pense que ce nouveau style est quand même plus sympa qu'une compétition style moon board! Il faut juste faire attention à ce que cela ne dérive pas trop .

Si on fait encore un parallèle avec le monde du ski il ne faudrait pas enlever l'épreuve de la descente pour la remplacer par du slopestyle. Certains trouveraient ça cool mais si les mecs ne sont plus capables d'enchaîner des courbes à grande vitesse, ça limite un peu l'activité au final.

A ton avis, quelles sont les raisons de cette évolution ?

Je ne suis pas vraiment dans le milieu des ouvreurs de coupe du monde donc il faudrait plutôt leur demander. Mais je peux formuler cette hypothèse : on peut penser que la raison tient dans le format des compétitions de blocs où il faut départager les grimpeurs en 4 x 4 minutes. Avec ce format où le à vue est privilégié, les ouvreurs sont dans une sorte d'inconnu car c'est une pratique qui n'existe pas en dehors du système compétitif.

Être à vue sur 4min, implique forcement un niveau moindre sportivement parlant (par rapport au niveau maximum) et donc pour départager les grimpeurs il faut inclure de l'aléa qui est à l'heure actuelle l'un des critères dominant du classement. En clair, si tu mets 3 volumes au milieu de ton bloc, tu peux être sûr qu'il va y avoir des runs : une zipette de pieds à plat, un volume qu'on pensait bon qui glisse etc.....

Et donc ton classement sera plus facile à effectuer qu'avec des blocs plus basique calés au millimètre près. Car alors tu n'es pas à l'abri d'un bloc que personne ne fait ou au contraire, que tout le monde randonne.

As ton avis cela « dénature-t-il » la pratique ?

Par définition la compétition dénature une pratique qui existe sans. Tu ne peux pas faire de tennis sans compter les points car sinon ça ne s'appelle pas du tennis et la charge dramatique de ce sport n'existerai pas. Donc la compétition dénature l'activité, peu importe le type d'ouverture. Et cette dénaturation est encore plus prégnante dans un sport de nature qui se déroule en intérieur. Mais il ne faut pas oublier que ce qui est la base aujourd'hui ne le sera plus dans 10 ans comme ce qui était la base il y a 20 ans ne l'est plus aujourd'hui. Donc ce style d'ouverture ne dénature pas une activité qui est déjà dénaturée par définition. Au contraire, je pense que ça apporte un nouveau style qui s'il est bien fait et ne devient pas caricatural, permet d'éviter des ouvertures types prises éloignées sur des murs tout lisse.

Car pour faire plus dur, on peut soit éloigner les prises et les mettre plus petites soit ouvrir des blocs plus compliqués à lire, et donc forcement aléatoire.

Hyspoline 8a - Crédit Photo Stéphen Denys

Pour finir, quels sont tes objectifs en compétition pour 2018 ?

On verra le moment venu.

Idem pour ce qui est de Bleau ?

J'ai trois projets. Un qui tourne autour du 8c, et deux en 8b/+. Ce sont trois blocs avec des styles différents, vraiment classe! Je pense avoir encore le niveau de les faire, mais il me faut surtout de la chance pour avoir des bonnes conditions les jours où j'ai des après-midi de libre.

Par moment c'est un peu frustrant de se sentir en forme et de ne pas avoir l'occasion de grimper, mais c'est comme ça et ça permet d'aller à l'essentiel quand tu es dispo.